Les potes à Reau : Cazottes

Publié le 8 Mai 2013

Esprits émouvants

De la gnôle mes frères j'en ai bu, et de sèvères, et de brutales, des coulées vives, sans génie. De la pureté ? Elles en avaient, mais avec des angles si aigus qu'ils déchirent à leur approche, justement par excès de pureté. Il fallait alors les boire à corps perdu. Comme on va se noyer.

Si l'on m'avait dit que, dedans il y avait du fruit, j'en aurais été bien étonné. Du fruit ? Pourquoi faire, puisqu'il y avait déjà de l'essence et rien d'autre ?

Mais je parle là d'un temps ancien, quand la brutalité de la vie ne laissait guère de temps à la méditation. Depuis, mes frères, j'ai croisé les fines bouteilles de Marina et Laurent Cazottes.

Dire que ce fut le plus beau jour de ma vie est... comment dire... excessif. Mais, comme on découvre, ébloui, Rimbaud, Blaise Cendrars, Fernando Pessoa, ou Julien Gracq, on arpente, avec ces eaux de vie, des mondes nouveaux. Familiers et nouveaux.

Ces contrées émouvantes nous les savions disponibles et pourtant inaccessibles.

L'esprit, mes frères, l'esprit, pas le distillat, pas le degré, pas la brûlure délicieuse, mais l'esprit pur. L'esprit d'une poire. Pas la poire, pas ses souvenirs de poire, pas sa vie de poire, mais son esprit. Je veux dire qu'en mettant une gorgée d'alcool de poire de Cazottes en bouche, je deviens moi-même poire et j'en sais tout, ses flirts avec les abeilles, ses émotions juvéniles, ses tracas adolescents, ses responsabilités considérables, comme tout ce qui est au monde, comme tous ceux qui sont libres.

Voilà ce que je voulais dire de Cazottes et des siens. On peut aussi raconter que tous ces mystères ont une cause, un respect constant de la plante, un soin méticuleux du mûrissement, une cuisine savante ensuite ; mais tout cela c'est du savoir-faire, pas du mystère. Le secret est de révéler le mystère, de le rendre accessible à ceux qui le cherchent.

Cazottes c'est du Coltrane, par exemple « my favorite things » ; ou alors du Bach : le prelude in do mineur, BWV 847, qui n'est que joie à pleurer.

Oh je vous entends, frères, me dire : arrête ton char Balthazar.

Ah mais non ! Il va au galop mon char, et s'il ralentit, il me reste une bouteille de Cazottes, encore, pour relancer cette course gracieuse.

Balthazar Forcalquier/ Philippe L'Excellent

Les potes à Reau : Cazottes
Les potes à Reau : Cazottes

Rédigé par Nicolas Reau

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